Formidable soirée le 2 octobre au Centre Pompidou en hommage à Nam June Paik, dans le cadre de Vidéo et après, les Revues parlées. Anne-Marie Duguet, théoricienne de l'art, directrice du Laboratoire des Arts et médias à l'Université Paris I, et instigatrice de l'événement avait annoncé : "pas une soirée commémorative, pas un spectacle, pas un colloque universitaire, mais un hommage".
Shigeto Kubota, sa femme, et une kyrielle "d'amis et de complices" de Nam June Paik, Christine van Assche, Bernard Blistène, Jean-Paul Fargier (auteur d'un superbe ouvrage sur l'oeuvre "Reflecting Pool", de Bill Viola), entre autres, ont donné à cette soirée une coloration émouvante et vivante. Jean-Jacques Lebel, en réitérant la célèbre performance de l'artiste a brisé un violon en direct dans un geste parfait.
Anne-Marie Duguet et l'équipe qui l'entoure ont su rendre palpables et présents l'humour de Nam June Paik, ses intuitions de visionnaire, et cette dimension qui nous touche et qu'elle résume en un mot de conclusion "sa radicalité".
Janique Laudouar directrice éditoriale de numedia-edu (2003-2006), nouveaux médias et culture numérique. Bientôt numedia-art.com, et un blog politique à venir.
Joyeux artiste que ce Nam June Paik (1932-2006), que l'on voit sourire dans
chacune de ses nombreuses interventions télévisuelles. Il commence a jouer du
piano a 13 ans, puis en 1946, il découvre Karl Marx et
Schönberg, deux figures tutélaires auxquelles il restera fidèle. La
guerre de Corée l'oblige à déménager à Hong-Kong. Invité en 1976 à Beaubourg
par Pontus Hulten, il fut l'un des premiers à utiliser la transmission par
satellite a des fins artistiques, c'était en 1984. Né à Séoul, il devient
rapidement le disciple de John Cage, auquel il coupa
symboliquement la cravate en 1951 dans une performance restée dans les
mémoires. Membre actif de Fluxus, il fait danser des corps
dans l'espace déconstruit par les synthétiseurs psychédéliques, Global
Groove en 1973. Artiste populaire de son vivant, il ne resta pas
cloisonné dans les institutions artistiques. Pour les Jeux Olympiques de Séoul,
il mit en scène 10mn de chansons par pays participateur.
Génial touche à tout, Nam June Paik fut défini par Mary Bauermeister comme
un scientifique-philosophe-ingénieur. Comment élargir le
concept d'art ? L'art doit changer le monde, l'argent ne sert à Paik que
pour acheter des moyens artistiques.
"Détruire la télévision nationale."
"Regardez votre oeil gauche avec votre oeil droit."
Paik flirte avec la culture de masse et la culture d'élite, il passe à la
télévision allemande, 5 millions de spectateurs. Il fait marcher sur l'eau
Allan Kaprow, tel le Christ de l'art vidéo. "Fluxus ressemble à une plante
coréenne : quand elle semble morte, elle est prête à éclore." Les actions
de Paik sont dépourvues de symbolisme et de signification, dans le sillage du
koan zen.
C'était un anarchiste, affirme Jean-Jacques Lebel. Paik n'a
cessé de riposter contre la communication a sens unique de la télévision.
La télé nous parle, mais on ne peut pas lui répondre. Qu'en
est-il du web, et des blogs ? Qu'aurait pensé Paik du web 2.0 ?
Héraclite est en arrière-plan ; Fluxus, tout s'écoule, rien n'est fixe,
l'image est toujours instable, éphémère, dansante. Le flux, la destruction par
le flux. Inventer des formes nouvelles avec des nouveaux moyens. Tendre vers
les gens une possibilité d'expression artistique.
Etre accessible, raccourcir le temps des oeuvres pour maximaliser les effets
produits. Regarder de façon répétitive les choses. Paik a un rapport
intime et quotidien à la technologie, il fait le clown, tient le rôle
du bouffon. Mais il inverse aussi les rôles, et prend au piège le présentateur,
qui devient l'invité.
Question posée par un intervenant : "L'art est-il une méthode de
communication, ou une production de formes ?"
Paik a aussi pensé à améliorer l'enseignement, des techniques non-linéaires,
par ondes de cerveau à cerveau (Matrix, Wifi ?). Une chaîne de TV pour
intellectuels, un mur cathodique à installer chez soi, pour renouveller la
décoration. Aujourd'hui, les visions de Paik se réalisent. Il pensait les
développements de façon globale, simultanéité et éternité allant de pair.
"Je rends la technologie ridicule."
Demander aux technologies de faire autre chose que ce qu'elles font. Plus qu'un
usage, une pratique. Tout peut être recombiné, recomposé, rêvé
dans le possible.
Avec le sourire.

Image : Nam June Paik, TV
Cello (1971), with Charlotte Moorman