L'association Ars
Industrialis vous invite à participer à ses prochains débats :
IMPUISSANCE POLITIQUE ET PUISSANCE PUBLIQUE
Théâtre National de La Colline
15 rue Malte Brun, Paris 20° (métro Gambetta)
samedi 14 octobre 2006 à 13 heures
entrée libre

Qui que nous soyons, nous savons que le monde actuel vit une immense
contradiction : les problèmes à long terme, exprimant des tendances
lourdes, se profilent et s'accumulent, tandis que les fonctionnements
économiques sont désormais massivement dominés par des logiques à très court
terme. Devenu financier, le capitalisme ne privilégie plus les cohérences
économiques et industrielles, mais les retours sur investissement les plus
rapides possibles. Nous savons d'autre part que l'industrie vit de grandes
mutations technologiques, qui nécessitent précisément des capacités
d'anticipation et de transformations structurelles, et qui doivent être
accompagnées et soutenues par une puissance publique réinventée. Nous
constatons enfin que le monde politique ne tient aucun discours sérieux ni sur
ces contradictions, ni sur le rôle de la puissance publique en ces
matières.
C'est dans ce contexte que la démocratie est détruite par la télécratie.
Remplaçant l'opinion publique par le marché des audiences, la télécratie est
devenue le principal facteur de l'impuissance politique, dont le signe le plus
massif est le renoncement à tenir un véritable discours sur le long
terme : la télécratie fait à la démocratie ce que le capitalisme financier
fait au capitalisme industriel.
Une puissance publique repensée doit porter une nouvelle politique industrielle
où la place dans le devenir politique et économique des technologies
culturelles et cognitives, et avec elles des médias audiovisuels, sont devenus
l'élément clé de tout le système : les technologies de l'esprit
nécessitent de repenser la société industrielle dans ses axiomes mêmes. La
nouvelle puissance publique devra promouvoir avec le capitalisme industriel une
économie politique à long terme des sociétés de savoir et des industries de la
connaissance dont les prospectivistes s'accordent à poser qu'elles sont
l'avenir du monde - à la condition qu'elles forment une nouvelle intelligence
collective, et non la nouvelle confiscation du savoir au service du court
terme, ce que promeut déjà le capitalisme financier.
Avec Philippe Aigrain, Arnauld de l'Epine et Bernard Stiegler.
Pour rappel, le texte d'accueil-manifeste de Ars Industrialis
:
Notre époque est menacée, dans le monde entier, par le fait que la
vie de l'esprit a été intégralement soumise aux impératifs de l'économie de
marché, c’est à dire à la loi de l’amortissement rapide, à travers la
monopolisation des technologies de l’information et de la communication, dites
aussi culturelles et cognitives, et qui forment le secteur de ce que nous
appellerons ici des technologies de l’esprit.
Or, ces technologies peuvent et doivent devenir un nouvel âge de
l’esprit, un renouveau de la « vie de l’esprit ». Tandis que le
modèle classique de la société industrielle paraît caduc, cet objectif doit
constituer le motif d’une économie politique et industrielle de l’esprit – qui
doit aussi être une écologie industrielle de l’esprit.
Ces technologies visent aujourd’hui à contrôler et à façonner hégémoniquement
les modes d’existence individuels et collectifs, et ce, à tous les âges de la
vie. Or, ce contrôle des existences est un contrôle et une manipulation des
désirs des individus et des groupes et conduit à détruire les possibilités
mêmes, pour ces individus et pour ces groupes, d’exister et de désirer :
la démotivation empoisonne le monde. Le capitalisme, au XXè siècle, en
vue d’absorber les excédents de la production industrielle, a fait de la libido
sa principale énergie en la canalisant sur les objets de la consommation. Or,
aujourd’hui, cette captation de la libido a fini par la détruire. Ce
fait majeur constitue une immense menace pour la civilisation
industrielle.
Reste que les technologies d’information et de communication sont précisément
les technologies spirituelles, et cela signifie tout aussi bien qu’elles
relèvent de la question des techniques de la mémoire dont
Michel Foucault analysa le sens comme techniques de « l’écriture de soi ».
La relation des hommes à ces technologies ne peut en aucun cas continuer de se
limiter aux usages prescrits par les modes d’emploi et les campagnes de
marketing : ce sont, comme disait Foucault, des
hypomnémata.
La question d’économie politique que pose l’avenir industriel est la
relance du désir – et non simplement la relance de la consommation. Et
dans la mesure où le désir est en son essence orienté vers la sublimation, une
politique industrielle de l’esprit peut et doit devenir une politique
industrielle de relance du désir – à l’heure des technologies de l’esprit. Nous
sommes convaincus, en particulier, que là est l’avenir de
l’Europe – et- au-delà, des démocraties industrielles.
ARS INDUSTRIALIS est située à Paris, en France, mais se définit avant tout
comme européenne. Elle veillera dès ses premiers pas à trouver
des interlocuteurs, des partenaires et des adhérents dans les pays d’Europe, et
à organiser ses activités hors de France aussi souvent que ce sera possible.
Pour autant, c’est une association internationale, et non
seulement européenne, qui entend développer des échanges internationaux bien
au-delà du continent européen.
Elle entend porter sa réflexion au niveau mondial, pour ce qui concerne tous
les points évoqués précédemment, et, par voie de conséquence, dans les
domaines de l'enseignement, de la recherche, de la science, de l'art, des
médias, de l'organisation des services publics de l'audiovisuel, des industries
culturelles et des industries de programmes privées, et des politiques
d’aménagement du territoire.
Outre ses partenaires et adhérents d’Europe et des autres continents, ARS
INDUSTRIALIS visera à développer dans les villes de France un réseau de lieux
d’activités, d’adhérents et de correspondants. ARS INDUSTRIALIS animera ces
différents réseaux en utilisant tous les moyens contemporains de communication
disponibles, et recherchera pour cela le soutien d’organismes et de
collectivités publics et privés.